La barrière mythique des 2 heures au marathon : un rêve en passe de devenir réalité ?

Publié le par Demi-fondu74,

marathon berlin haile gebreselassie gebre

Haile Gebreselassie prend ses marques au marathon de Berlin en 2006, il améliorera le record du monde du marathon sur ce même tracé en 2007 et en 2008.


 

Alors que des milliers de personnes préparent un marathon pour des objectifs variés, les tous meilleurs marathoniens se mettent à rêver d’une barrière physiologique grandiose, celles des deux heures au marathon ! Est-ce néanmoins envisageable ?


Cette année 2011 aura remis à l’ordre du jour l’un des fantasmes les plus fous de la course à pied. En avril à Boston, Geoffrey Mutai a terminé son marathon en 2h03’02 mais le parcours de Boston, trop favorable, n’aura pas permis l’homologation de ce record du monde. Les 2h03’59 de Haile Gebreselassie, réalisés à Berlin en 2008, restaient donc toujours d’actualité… jusqu’à ce qu’un autre Kenyan court de nouveau en 2h03 ! A Berlin là aussi, Patrick Mukai a achevé aujourd’hui son marathon en 2h03’38, synonyme de nouveau record du monde ! De là à se demander si les deux heures au marathon sont envisageables, il n’y a qu’un pas…

 

Vous le savez surement, le marathon c’est 42 kilomètres 195. Le courir en moins de deux heures équivaut à une vitesse moyenne de plus de 21 km/h ! Oui vous avez bien lu 21 kilomètres par heure ! Cela représente aussi 42 kilomètres consécutifs à 2’50 au kilomètre ou quatre 10 km consécutifs en 28’26 ! Le seul fait d’y penser nous en coupe le souffle !

 

Des spécialistes partagés

Bien entendu cette question fait débat dans le monde du marathon et les spécialistes sont très partagés. Pour certains, ce sera la prochaine grand barrière de l’athlétisme à tomber alors que pour d’autres celle-ci est au-delà des limites de l’endurance.


Pour l’ex-recordman du monde, l’éthiopien Haile Gebreselassie (2h03’59 à Berlin en 2008), cela ne fait aucun doute, mais à priori pas dans les prochaines années : « Pour voir un homme sous les deux heures, il faudra attendre 20 ou 25 ans, mais cela se produira sans aucun doute. »


L’actuelle recordwoman du monde du marathon, l’anglaise Paula Radcliffe (2h15’25 à Londres en 2003) est du même avis : « Les records sont fait pour être battus et les gens vont se battre pour ça, mais quelqu’un devra vraiment s’entrainer dur pour faire tomber cette barrière. C’est cet état d’esprit qu’il faudra avoir. »


Le champion Olympique de 2008 Samuel Wanjiru, disparu tragiquement cette année, n’était lui pas tout à fait du même avis après avoir envisagé en 2009 la possibilité de courir le marathon en deux heures : « Pour moi c’est impossible de courir en deux heures mais deux heures et deux minutes, c’est possible. Peut-être la nouvelle génération… vous pouvez avoir des gars très fort. Mais pour notre génération, vous ne pouvez pas parler des deux heures. »

 

Un dirigeant du marathon américain, Glenn Latimer, reste lui aussi septique : « Je ne vois pas cela arriver avant très longtemps. Vous voyez ces grands athlètes de plus en plus proche, avec un gars aussi fort qu’Haile Gebrselassie… et vous pouvez voir des tensions, il est magnifique jusqu’au 32ème ou 35ème kilomètre, et puis le corps commence se décomposer et maintenir le rythme est assez dur. » Lui aussi pense que le record devrait descendre au alentour ders 2h02 mais que celui-ci stagnera par la suite.

 

Au delà des capacités de l'être humain ?

Mais rappelez-vous, il y a maintenant plus de 60 ans, les gens disaient que la limite physiologique du mile se situait à quatre minutes et toutes les certitudes d’alors s’envolèrent lorsque le britannique Roger Bannister prouva le contraire. On est même aujourd’hui à 3’43’’13 au mile avec Hicham El Guerrouj, ce que personne n’aurait pu envisager dans les années 50. Même s’il faut avouer que l’entraînement et les connaissances physiologiques ont depuis bien évolué.


La science de l’endurance est complexe, mais on peut dire que physiologiquement, il existe trois principaux facteurs qui détermine la faculté d’un athlète à courir vite et longtemps :

 - La consommation maximale d’oxygène, connue sous le nom de VO2 max

- L’efficacité de course avec notamment la capacité à courir vite

- L’endurance, c'est-à-dire à quel pourcentage de VO2 max peuvent-ils maintenir sans trop puiser dans les réserves.

 

Les scientifiques ne sont d'ailleurs pas tous d’accord sur les limites physiologiques du corps humain. Pour certains, les meilleurs mondiaux en sont tout proche, alors que d’autres pensent qu’il y a encore du chemin à parcourir et qu’il reste encore des pistes d’amélioration pour l’entrainement, aussi petites soient-elles.


Regardons maintenant l’évolution du record du monde du marathon et l’approche statistique nous en dira peut-être plus.

 

Passer de 2h16 à 2h12 aura pris 7 ans, passer de 2h12 à 2h08 aura pris 19 ans et passer de 2h08 à 2h04 en aura pris 24. En analysant les performances actuelles et en extrapolant les données, François Péronnet, professeur à l’université de Montréal, parvient à la conclusion suivante : le premier marathon couru en moins de deux heures aurait lieu en 2028. Encore un peu de patience alors…

 

 

marathon londres lievres mutai kirui

  Grâce au bon travail des lièvres, Emmanuel Mutai a pu courir à Londres cette année dans l'excellent temps de 2h04'40.

 

 

A la recherche de la course parfaite 

Pour franchir cette barrière, toutes les conditions devront être optimales. Haile Gebrselassie le résume bien : « si le jour d’une compétition il vous manque une chose, vous ratez tout. »  L’un des facteurs primordiaux pour une tentative de ce calibre reste le choix du parcours. Il faudra pour le premier marathonien sous les deux heures courir sur un parcours très roulant comme on peut en trouver à Londres, Berlin ou Rotterdam. Le tracé de la capitale allemande est d’ailleurs considéré comme l’un des  plus rapides au monde, en attestent ses cinq records du monde lors des dix dernières années.


Outre le choix du parcours, deux autres éléments seront décisifs. Les conditions météorologiques devront être parfaites, à savoir sans vent et des températures proches des 15° C, idéales pour les efforts longs. Les lièvres de la course auront la difficile tache d’emmener les leaders sur des bases optimales, ni trop rapides pour ne pas « griller » les athlètes, ni trop lentes pour ne pas perdre trop de temps sur la première partie du tracé. Les lièvres devront également tenir assez longtemps, si possible jusqu’au 30ème ou 35ème kilomètres pour accompagner le ou les leaders dans les meilleures conditions.


L’idéal serait peut-être de voir deux marathoniens se livrer une lutte acharnée jusqu’à la ligne d’arrivée, comme on avait pu voir Paul Tergat prendre l’avantage sur Sammy Korir au marathon de Berlin en 2003 pour établir un record du monde en 2h04’55. Les deux Kenyans avaient alors franchit la ligne d’arrivée avec une seule seconde d’écart ! Autre arrivée acharnée, celle du marathon de Rotterdam en 2009 où Duncan Kirong et James Kwambai ont terminé leur marathon dans le même chrono : 2h04’27.


Le meilleur temps de passage au semi-marathon serait surement légèrement en dessous de l’heure, peut-être 59’40, pour compenser la fin éprouvante de l’épreuve. La plupart des vainqueurs des grands marathons réalisent une première partie de la course plus rapide que la seconde mais ce n’est pas une règle générale. Haile Gebreselassie lors de son record du monde à Berlin en 2008 était passé en 1h02’05 au semi-marathon et avait couru l’épreuve entière en 2h03’59, soit le deuxième semi-marathon bouclé en 1h01’54. C’est ce qu’on appelle dans le jargon une course en negative split. Dans tous les cas, le marathon sous les deux heures devra être couru à une allure régulière, sans à-coup.

 

Paula Radcliffe a pu connaître cette osmose parfaite lors du marathon de Londres de 2003. Le jour de ses 2h15’25, tout lui paraissait facile, ce que certains appellent « être dans la zone » : « Vous ressentez comme si tout était très fluide, naturel. Rien ne peut vous perturber. Vous ne pensez à rien, vous ne faîtes que courir. C’est juste une seconde nature, vous vous êtes entraîné si dur pour ça que la course vous parait plus facile que tout ce que vous avez pu faire à l’entraînement. »


Quant au premier homme sous les deux heures au marathon, s’il existe un jour, sera très certainement originaire d’Afrique de l’Est. Les seize marathoniens les plus rapides de l’histoire sont tous issus du Kenya et d’Ethiopie et on retrouve douze Kenyans dans le top 13 de la discipline ! Les progrès réalisés par les coureurs africains sont tels que la marque de référence jusqu’en 2007, les 2h04’55 de Paul Tergat, a été battu depuis par six marathoniens. La preuve peut-être que les certitudes au marathon ne tiennent qu’un temps.


La densité des marathoniens au plus haut-niveau n’a jamais été aussi importante et la barrière mythique des deux heures est peut-être en passe de devenir réalité… Il faudra pour cet homme courir 5 secondes plus vite au kilomètre que Patrick Makau l’a fait aujourd’hui. A moins que les limites physiologiques de l’homme ne le contraignent à voir en ces deux heures qu’un rêve éternel… 

 

 

marathon londres patrick makau martin lel

Le Kenyan Patrick Makau a battu le record du monde du marathon en 2h03'38 aujourd'hui à Berlin (ici en image à Londres)


Publié dans Découverte

Commenter cet article